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Mon histoire #1

J’ai créé ce blog il y a quelques temps. J’y contribue sporadiquement, quand j’ai le temps, que je suis inspirée. Ceux qui me suivent sur Instagram ont entrevu ma transformation mentale et physique. J’y ai abordé quelques points de mon histoire mais en les effleurant du bout du doigt. Par pudeur, par peur aussi peut-être. Il est très pratique de ne dévoiler que ce que l’on souhaite en un nombre de mots limité. Derrière chaque destin, chaque chemin, se cache une histoire personnelle, primordiale pour comprendre le processus. Mon histoire, la voici.

Un jour tu pourras dire: « ça n’a pas été facile mais j’ai réussi »

Le poids des mots

Je n’ai a priori pas été génétiquement programmée pour être obèse. Dans ma famille il n’y a pas de personnes vraiment rondes ni grosses. Je n’ai d’ailleurs pas développé d’embonpoint dans mon enfance comme ce peut être le cas de beaucoup de personnes en surpoids à l’âge adulte. Au contraire, j’ai toujours été très mince jusqu’à l’âge de 20 ans.

Au fur et à mesure des déceptions, des frustrations, les kilos se sont installés. Un environnement familial pas très propice à la confiance en soi a eu raison de mon estime. Parfois, les êtres les plus proches sont les plus à même de vous faire mal exactement là où se logent vos faiblesses. Lorsque l’on est adulte on ne se rend pas compte de la portée des mots envers un enfant ou un adolescent en construction. A tords ou à raison, l’être humain se construit dans le regard de l’autre. L’adolescence est une étape critique dans la représentation de soi. Une envie de s’affranchir tout en continuant à être une éponge émotionnelle. Imaginez les dégâts quand on est hypersensible !

Ainsi, on a commencé à me faire comprendre qu’un regard masculin posé sur moi était mal. J’avais forcément fait quelque chose d’inconvenant. c’est alors insinué en moi l’idée que mes formes elles-mêmes étaient inconvenantes !

Maintenant que je suis adulte je comprends à quel point ces phrases, ce regard accusateur étaient violents. Mais c’est dans cette « construction destructrice » que j’ai commencé à ne plus m’appartenir. Je devais coller à une image d’Epinal de l’enfant rêvé tout en ayant le sentiment de décevoir et ne comprenant pas pourquoi ce corps plaisait tant aux hommes. Personne ne m’a guidée à ce moment-là pour me dire que je ne pouvais rien faire contre la nature qui m’a offert de la poitrine et un bassin ! Que le problème venait des hommes mûrs libidineux posant leurs yeux sur une ado encore mineure et non pas de moi, étant très loin de la Lolita minaudant autour des amis de son père !

La seule figure féminine de la maison : une femme au physique nordique, craignant la nourriture comme la peste et dénigrant les formes voluptueuses.

Accusé nourriture levez-vous ! Désigné ennemi public numéro 1, vous êtes jugé coupable !

Je ferai de sa névrose mienne pour tant d’années…

Les troubles du comportement alimentaire (TCA)

Donc, entre mes 16 et 19 ans, j’ai passé mon temps à me mettre au régime. Parce que je me trouvais trop grosse, pas assez ceci, trop cela… je décrétais un jour que je ne mangerais plus de pâtes, la semaine d’après je me contenterais d’une pomme pour seul repas. Jusqu’à ce que je quitte le foyer parental.

Entre la libération et début d’un enfer

19 ans, libérée, un appartement à moi ! J’étais enfin chez moi, seule, je pouvais faire ce que je voulais. Manger ce que je voulais, comme je le voulais. C’est à cet instant qu’un étrange duo boulimie-anorexie s’est emparé de moi. Voguant de crises en crises de plus en plus importantes. J’étais capable d’ingurgiter des quantités astronomiques de nourriture pour ensuite trouver des astuces toujours plus ingénieuses mais surtout extrêmes et dangereuses pour me débarrasser de cette orgie en moi. J’essayais d’éviter les repas en société car un dîner en famille ou entre amis m’angoissait au plus haut point. J’allais être obligée de manger alors que je savais très précisément combien de temps il me resterait après la dernière bouchée pour être capable de me faire vomir. Au moment où j’écris ces lignes, tout remonte… j’avais oublié à quel point j’étais torturée à cette époque, à quel point je devais faire souffrir mon mari qui ne l’était pas encore. Il ne me parlait jamais de mes crises mais il connaissait mon manège lorsque je sortais de la salle de bain au bout d’une heure ou parfois bien plus. Il n’a jamais rien ajouté à ce sentiment de honte qui m’habitait et qui cohabitait avec ce monstre qu’est la boulimie.

Le monstre

J’ai en tête un épisode particulièrement difficile. J’allais encore à la fac et travaillais le matin très tôt en tant qu’hôtesse d’accueil pour une chaîne de télévision française. Sur le trajet retour, je sens alors une crise monter et au lieu de prendre le chemin des cours, je change de direction et décide de rentrer chez moi. Je sais qu’il n’y aura personne jusqu’au soir. Je serai tranquille. Juste le monstre et moi. Je me hâte, achète de quoi me remplir, de quoi faire une bolognaise pour un régiment mais ce sera uniquement pour moi, et des choses faciles à avaler, des gâteaux, plein de gâteaux… tout ce qui m’était interdit !

La porte claquée, je me dépêche de faire cuire mes pâtes, je salive d’avance à l’idée d’ingurgiter cette sauce que je maîtrise. Mais je sais qu’au moment où j’aurais commencé à manger le compte à rebours sera lancé. Ce jour-là, je crois que j’ai mangé 1kg de pâtes bolognaises à moi toute seule… à même la casserole, parce que c’est comme ça, je n’ai pas le temps et puis je suis entre moi et moi. Je finis par les gâteaux comme habitée par un démon. La crise est passée, assouvie… maintenant il faut purger la bête ! Mais des pâtes à vomir ? une horreur !!! En plus du mal-être absolu s’ajoute la douleur physique. Après de longues heures, c’est fini, me voilà libérée… hébétée, en proie à une culpabilité terrible, il faut faire le ménage, effacer toute trace de mon crime. Comme j’avais mis énormément de temps, soudain j’entends les clés dans la serrure, mon copain rentre ! je me jette sur le canapé pour camoufler les paquets vides en dessous ! Jamais je n’ai ressenti pareille honte de ma vie.

Cette maladie, ce trouble du comportement alimentaire, vous enferme, vous détruit lentement. On entre en guerre avec soi et les autres. Après un épisode, après une journée ou plus sans manger, on se sent fier d’avoir dompté son appétit, fier d’avoir résisté, on se sent fort, puissant… mais il s’agit là d’un tel leur et d’une telle violence ! Pourquoi s’infliger ça et au nom de quoi ? Pour ressembler aux filles photoshopées des premières de couverture ? Pour satisfaire à une image que nos parents voudraient qu’on leur renvoi ?

Aujourd’hui je le dis, je ne suis pas une « cover-girl », je ne suis probablement pas l’enfant parfaite que mes parents auraient voulu que je sois mais je suis moi, pleine de vie, créative, ambitieuse, lumineuse et ça, rien ni personne ne me l’enlèvera ! Ce mal-être m’a fait faire des yoyos à longueur d’années. Fatiguée de me faire vomir, mon corps épuisé par le manque de vitamines, mes dents devenues cassantes et cariées par les reflux, petit à petit j’ai cessé de me faire vomir. Mais les crises étaient toujours là. C’est alors que j’ai commencé à vraiment, vraiment grossir cette fois.

Un drogué peut se sevrer de la cocaïne, un alcoolique peut ne plus toucher à un verre de sa vie, mais comment faire lorsque son addiction réside dans un besoin vital ? Comment éviter sa drogue quand celle-ci est en vente libre dans les rayons de supermarchés ? La nourriture était devenue ma meilleure ennemie pour de trop nombreuses années.

C’est un post un peu fleuve (premier d’une série), qui j’espère sera accueilli avec bienveillance. C’est un volet intime de mon histoire mais je pense tellement essentiel pour comprendre. Peut-être qu’il entrera en résonance avec l’un des vôtres de près ou de loin, peut-être qu’il vous fera vous sentir moins seul. Il est important que vous sachiez que nous sommes nombreux à ne pas avoir eu une histoire simple avec la nourriture, avec notre image mais qu’il est possible de nous réparer.

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Comments (2)

  • Ninon 2 ans ago Reply

    Tu as tellement de courage d’avoir osé écrire et publié ce texte. Bien des phrases de ton article, j’aurais pu les écrire moi même alors merci infiniment. Car c’est incroyablement salvateur de libérer la parole sur ces sujets où la honte prend tellement de place.

    Irina 2 ans ago Reply

    Merci énormément d’avoir pris le temps de me lire et de poster ce commentaire. Je suis tout à fait d’accord avec toi. Libérons la parole, pour nous individuellement et pour ceux qui n’osent pas et se pensent seuls à vivre cette souffrance.

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